Je me revois encore dans ce cabinet médical.
Le médecin qui me regarde. Les mots qu’il prononce avec une douceur qui ne change rien à leur violence : « Vous ne pouvez plus exercer. »
Dehors, la vie continuait normalement. Des voitures. Des gens pressés. Des élèves, quelque part, qui attendaient leurs cours avec une autre monitrice.
Moi, j’étais assise là avec mes 80% de perte auditive, mes vingt ans de métier passion à transmettre, guider, former, et aucune idée de ce que j’allais faire le lendemain.
Terminé. Sans préavis. Sans indemnités. Sans filet.
Ce que ce métier représentait vraiment pour moi

Monitrice auto-école, ce n’est pas « prof de conduite ». C’est bien plus que ça.
C’est accompagner quelqu’un depuis le moment où il ne sait même pas comment tenir un volant jusqu’à celui où il repart seul dans sa voiture, permis en poche, un sourire un peu incrédule sur le visage. C’est voir quelqu’un se défaire de ses peurs, progresser. Me faire confiance puis se faire confiance.
Pendant presque 20 ans, j’étais à mon compte. Libre de mes horaires, de mes méthodes, de mes élèves. J’animais des cours de théorie, des stages de conduite accélérés, des formations pour tous les profils : de l’ado stressé par son code jusqu’à des seniors en cours de perfectionnement. J’aimais tout ça. Profondément.
Ce métier, c’était moi. Et je ne me voyais pas vivre et travailler autrement.
Le bruit de ma voiture qui s’éteint

Ma surdité ne s’est pas installée du jour au lendemain. Elle est arrivée progressivement. Le médecin du travail m’avait prévenue : ce risque existait. Mais quand on te prévient d’une chose sans te dire quand elle arrivera, on ne se prépare pas vraiment et puis j’espérais au fond de moi que cela ne serait pas aussi « grave » que ça l’est devenu.
Un matin, tu t’aperçois que tu demandes aux gens de répéter de plus en plus souvent. En leçons de conduite, je n’entends plus les clignotants, ni les klaxons.
Puis au téléphone ça devient difficile. Certains sons disparaissent doucement, insidieusement. Et un jour, tu te retrouves avec 80% de perte auditive et une décision médicale qui tombe comme un couperet sur le bureau : tu ne peux plus exercer.
Ce n’est pas la surdité qui a été le plus difficile à accepter dans un premier temps. C’est ce qui disparaissait à cause d’elle.
Ce que j’ai perdu du jour au lendemain

Plus le droit d’enseigner. Plus d’élèves. Plus les collègues du métier, les rires, les petites victoires du quotidien (je passe sur les petites frayeurs de mes élèves pendant les leçons de conduite). Plus cette structure qui donnait du sens et du rythme à mes journées depuis deux décennies.
Et qui plus est : plus de revenus.
J’étais en auto-entreprise. Ce détail a entraîné des conséquences concrètes et brutales : zéro droit au chômage. Zéro allocation. Zéro filet de sécurité.
Je suis allée à France Travail pour demander conseil et pour qu’on m’aiguille. La conseillère m’a regardée avec bienveillance et m’a donné son meilleur conseil : apprendre la langue des signes.
Non. Ce n’était pas ce que je voulais. Je ne voulais pas que ma surdité me coupe du monde. Je voulais rester dans le monde : entière, active et utile.
Les mois qui ont suivi (et qui m’ont paru des années)
J’ai fait ce que beaucoup de gens dans ma situation font : je me suis accrochée et cherché toutes les pistes possibles à ma connaissance et j’ai tenu.
Des petits boulots alimentaires pour payer les factures. La vente : une catastrophe quand je devais faire répéter les clients à plusieurs reprises. Garder des enfants, des nettoyages de gîtes et de location de vacances, etc… (pas très glorieux mais ça payait les factures).

Et pendant ce temps, je continuais ce que je faisais depuis des années sur Facebook, presque sans y penser : partager des pensées sur la spiritualité et le bien-être, des mots pour aider à tenir debout. Plus de 43 000 personnes me suivaient. Sans que je l’aie cherché.
Pas pour en vivre. Parce que ça m’aidait autant que ça aidait ceux qui me lisaient.
C’est là que quelque chose a commencé à germer. Sans que je le voie encore clairement.
Le déclic

C’est dans un groupe sur Facebook que j’ai vu passer les premiers posts sur le business en ligne.
Des gens qui créaient du contenu, vendaient des formations, gagnaient leur vie depuis chez eux sans patron, sans horaires imposés, sans avoir besoin d’entendre parfaitement. J’ai cherché. Fouiné. Posé des questions. Et j’ai décidé d’investir mes points CPF pour me former sérieusement.
J’ai exploré beaucoup de choses. Le dropshipping : pas pour moi. L’affiliation. Le community management. Le MRR. J’ai même essayé le closing, que j’ai abandonné rapidement : les appels de vente par téléphone avec une surdité à 80%, autant dire que j’en ai ri toute seule.
Et puis j’ai trouvé ce qui faisait vraiment vibrer quelque chose en moi : la création de contenu.
Au départ, je n’y ai pas vu un grand intérêt. Puis j’ai compris que je pouvais prendre un sujet complexe, le démystifier, et le rendre accessible à quelqu’un qui part de zéro.
J’ai réalisé, presque avec stupeur, que c’était exactement ce que je faisais depuis 20 ans avec mes élèves. Dans un autre décor, avec d’autres outils. Mais le même geste fondamental : transmettre.
Ma flamme d’enseignante, que je croyais éteinte et perdue définitivement, s’est ravivée.
La phrase qui a tout changé
Un jour, je me suis surprise à penser :
« Si je n’avais pas perdu l’ouïe, je n’aurais probablement jamais découvert tout ça. »
Ce n’était pas de la résignation. Ce n’était pas de la fausse sagesse. C’était simplement vrai.
Cette « rupture » de vie que j’avais refusée, combattue, traversée, avait aussi ouvert un chemin que je n’aurais probablement jamais suivi autrement.
Où j’en suis aujourd’hui
Je ne suis pas au bout du chemin. C’est un chemin qui se construit. Mais je sais où il m’emmène.
Et ce n’est pas la taille de mon compte en banque qui compte le plus (mais je continue à payer mes factures), c’est d’avoir retrouvé un sens. Une direction. Une version de moi que je n’aurais jamais connue sans cette rupture.
C’est pour ça que La Voie Libre existe.

Pourquoi je te raconte tout ça
Parce que tu es peut-être en train de vivre ce que j’ai vécu.
Un burnout qui t’a mis à terre. Un diagnostic qui a tout changé. Un licenciement que tu n’as pas vu venir. Une vie qui ressemble soudain à une page blanche, sans que tu aies demandé quoi que ce soit et certainement pas ce gros chambardement de vie.
Et peut-être que comme moi, tu penses que le monde du digital, c’est pour les autres. Les jeunes. Les « geeks », les technophiles. Et pour ceux qui n’ont pas de contraintes de santé, de temps ou d’énergie.
Je suis sourde à 80%. Je suis partie de zéro dans un domaine qui m’était totalement inconnu. Sans connaissance dans ce secteur, sans formation initiale, et peut-être le pire : sans aucune garantie que ça marcherait.
Si moi j’ai trouvé mon chemin, alors tu peux trouver le tien.
Ce blog est là pour ça. Pas pour te vendre du rêve. Pour te prouver que c’est possible.
Et te montrer, étape par étape, comment construire une activité en ligne qui s’adapte à ta réalité.
« Je ne prends pas le volant à ta place. Je te donne les clés et je te guide. »
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